MARION, LE SOLEIL ET L'OMBRELLE
MARION, LE SOLEIL ET L'OMBRELLE (libre)
"Bonjour, Soleil !" dit Marion,
"Bonjour Marion", dit le Soleil
Marion rit : "Vois mon ombrelle !"
"Arrondissant tes joues vermeilles"
"Tu peux darder tes chauds rayons !"
"J'ai, grâce à Dieu, ma blanche ombrelle !"
"Oui, Marion,", dit le Soleil,
"Ta blanche ombrelle est la plus belle",
"Pour t'abriter de mes rayons !"
"Le ciel, de même, a ses ombrelles",
"Jolis nuages sans pareils" :
"Ils interceptent mes rayons !".
Germaine cartro
LÉGENDAIRES AMOURS
LÉGENDAIRES AMOURS.
Si j’étais, comme Adam, seul sur terre avec Eve,
Réfrénant un désir plus brûlant chaque jour,
Je croquerais la pomme et choisirais l’amour :
Le véritable Éden est celui dont on rêve !
Si j’étais Osiris, mon ange de douceur
Prouverait que l’amour de la mort reste maître
En me ressuscitant… Notre enfant pourrait naître,
Ayant pour mère et tante Isis, ma femme-sœur.
Si j’étais Roméo, l’amant de Juliette,
Le clan des Capulet me condamnant à mort,
Nous fuirions tous les deux l’injustice d’un sort
Transformant en calvaire une idylle discrète.
Si j’étais le beau Tite, ex-débauché romain
Mais le futur César épris de Bérénice,
J’abdiquerais sur l’heure, avant qu’on la bannisse,
Incestueuse ou non, car je briguais sa main…
Criant partout le nom de mon inspiratrice,
Si j’étais, comme Dante, écrasé de douleur,
Je laisserais l’Enfer consumer mon malheur,
Certain qu’au Paradis m’attendrait Béatrice.
Si j’étais Cyrano, « ma » Roxane au balcon,
J’aiderais de mon mieux Christian de Neuvillette
A me briser le cœur en faisant la conquête
D’un trop joli minois pour mon grand nez gascon.
Si j’étais Abélard, une vengeance inique
M’ôterait les moyens de mourir de plaisir
Dans les bras d’Héloïse, et j’aurais tout loisir
De regretter, comme elle, un élan platonique…
Quand la vie est banale, on veut l’enjoliver :
Je ne désire pas des amours de légende,
Des tourments si cruels qu’il n’est cœur qui se fende
Lorsqu’on les cite encor… Mais, ne puis-je rêver?
L'EUROPE DES POÈTES
L'EUROPE DES POÈTES.
( Régulière contemporaine )
Puisque l'amour de l'homme ignore une frontière,
Cela fait très longtemps que sont européens
Les poètes français, allemands, italiens,
Et ceux du Benelux, d'Espagne, d'Angleterre...
La divine Italie inspira d'Annunzio,
Dont le lyrisme intense aurait surpris Horace,
Émerveillé Pétrarque et son ami Boccace,
Après"l'Enfer"dantesque, avant Pirandello.
La France de Ronsard prôna le romantisme
Avec Hugo, Musset, Lamartine, Vigny,
Ou la foi de Claudel, Francis Jammes, Péguy,
Et l'élan d'Aragon vers le surréalisme.
Le"Paradis perdu", regretté par Milton,
Vint de la terre anglaise, alors pleurant Shakespeare
En souhaitant que Keats, Shelley, calment l'Empire,
Effarouché des mœurs du sulfureux Byron!
La culture espagnole offrit le don mystique
De Thérèse la Sainte, ou Lope de Vega,
Calderón, Cervantès, Tirso de Molina
Précédant Matado, l'exilé symbolique.
La ballade allemande, invention de Schiller,
Suivit le"sturm und drang"de Bürger, Jung et Goethe,
Puis Heine, le maudit de l'hitlérienne meute,
Put rejoindre au Parnasse Uhland, Zweig et Wagner.
L'Europe aima de même Essenine, Pouchkine,
Le polonais Milosz, le norvégien Ibsen,
Les irlandais Swift, Yeats, Synge, comme Andersen,
Cet enchanteur danois de notre âme enfantine.
Bien d'autres noms connus, tous grands parnassiens,
Ont de leur "main à plume"* honoré leur patrie
En préférant l'entente à l'absurde tuerie
Et sont donc à leur place aux Champs Élyséens!
*Arthur Rimbaud.
L'INOUBLIABLE AMOUR
L’INOUBLIABLE AMOUR…
Un souffle de chaleur aux lourds relents d’éviers
Monte de la mangrove où l’on force un passage,
Essayant de prévoir le cheminement sage
Entre les nymphéas et les palétuviers
Le danger peut venir de puants crocodiles
Enfouissant leur proie au fond de ce bourbier,
Des boas, du jaguar tombant d’un jujubier,
Ou des sables mouvants, de venimeux reptiles…
Lors, laissant la sangsue attaquer les jarrets,
Du regard nous sondons les profondeurs de l’onde,
Aventurons le corps dans cette fange immonde
Sans oublier la jungle étouffant ces marais.
Dès qu’émerge un sol ferme, exempt de pestilence,
Abruti de fatigue, habillé de fucus,
Chacun s’écroule enfin parmi les hibiscus
Et la faune, apeurée, alentour fait silence…
Se taisent les aras, quelques oiseaux-moqueurs,
Les singes curieux, l’agaçante perruche :
Seuls grognent deux tapirs, amateurs d’une ruche,
Engageant un conflit dont ils sortent vainqueurs.
-Guetté de l’urubu, lugubre sentinelle,
J’observe un papillon butineur de pistils,
Assimilant son vol aux battements de cils
Qu’avaient ses yeux d’azur jouant de la prunelle…
Tout parle d’elle encore… A quoi bon voyager :
Amazone et Garonne évoquent son visage,
C’est lui que je découvre en chaque paysage,
Aucun dérivatif ne vient me soulager !
Périr, loin du terroir, n’a plus rien qui m’emballe,
Autant rentrer chez soi pour y finir ses jours :
Fuir ajoute au chagrin de mes chères amours
Réduites à fleurir une pierre tombale…
Par la paix retrouvée au Comminges natal
Le temps adoucira ma tristesse infinie,
Et l’obsédant rappel de l’accident fatal
Qui m’a pris mon soleil, ma fleur d’Occitanie…
LES AMOURS TARDIVES
LES AMOURS TARDIVES...
(Gérardine)
"Il est bien tard, dis-tu, pour vivre un bel amour
Et nous méritons mieux qu'une brève aventure,
Une oasis volée avec un brin de cour,
Car notre coup de foudre est d'une autre nature
Que l'éphémère émoi de cœurs battant tambour...
Comme toi me déplaît cette caricature
De ce que font certains des meilleurs sentiments,
Mais, reconnaissons-le, siège sous la ceinture
Ce qui sied à l'époux et tente les amants!
Si l'amour vraie * exalte un désir légitime,
Seul le désir importe aux séducteurs charmants:
Peu leur chaut les remords, les pleurs de la victime!
Il t'échoit d'estimer qui, jusqu'au dernier jour,
Offre un écho sincère à l'harmonie intime...
Il n'est jamais trop tard pour vivre un bel amour."
*"le grand béguin, la vraie amour" Raymond Queneau
MARS 2014 : CASCADES
PROMENADE
Il marche lentement dans un plat paysage,
Où l'herbe verte et drue étale ses bouquets ;
Sur sa droite, en panache, un ténébreux bosquet
Offre son havre heureux aux amants de passage...
Un vent capricieux propulse par à coups,
Son air, ingénument, langoureuses cascades,
Et sa chair excitée, au cœur de ses saccades,
Par l'invisible ami l'embrassant dans le cou...
Il arrive soudain, au pied d'une cascade
Qui dévale une pente aux gros cailloux blanchis
Et par l'amusement qui jamais ne fléchit,
D'une Ondine naïve, aux rires en cascade
Qui s'ébat nuit et jour, fontaine des rochers ;
Sans attendre un instant, il enlève, folâtre,
Ses vêtements ; il n'est vêtu, cet idolâtre
Que par la nymphe d'eau venant l'empanacher...
Germaine CARTRO
P. CAUJOLLE RÉCIDIVE
Continuant à explorer le monde du crime dans le Sud-Ouest, Patrick Caujolle nous emmène cette fois en Lot-et-Garonne.
À l'occasion de la publication de ce nouvel ouvrage, il a été l'invité de Jacques Pradel dans on émission L'heure du crime, sur Rtl. On peut écouter l'entretien à cette adresse:
LA COURSE RECOMMENCÉE DE LA RIVIÈRE
La course recommencée de la rivière
À l'abri des saules,
L'ombre légère se courbe,
Et effleure le courant,
Où passent furtifs,
Des éclairs d'argent.
Les feuilles jaunies
D'un calme après-midi,
Suivent à quelque distance,
Le défilé des heures
Qui les portent au loin.
Il n' y a de bruits,
Que l'envol des oiseaux,
L'écho du bruissement des flots,
Contournant les branches,
Dépassant de l'onde.
A peu de distance de l'île,
Le pêcheur immobile,
Reste debout
Dans ses bottes de caoutchouc,
Et laisse filer le temps.
Dans un autre univers,
D'ors et de verts
Les points de soleil ricochent,
Autour de quelques roches,
Que les truites contournent.
La lumière invente ses fins de jours,
Et se pose en détours,
Sans se souvenir d'hier,
Ni des poissons, des hameçons,
La course recommencée de la rivière..
Les pieds dans les bottes, humides,
Le pêcheur , son panier vide,
Ne veut pas forcer la chance
Si la ligne se tend et mouille,
Qu'importe de rentrer bredouille...
UNE FORÊT À DEUX PAS DES IMMEUBLES
Une forêt à deux pas des immeubles
C’est une vraie forêt à l’œil du citadin;
un de ces lieux obscurs où serpente un ruisseau
avec un drap de vapeur flottant sur les eaux,
des troncs de chêne morts allongés sur le dos,
et de toute clairière, à toute heure, l’écho
cafardeux du silence et du cri des corbeaux
sur des baves de mousses et des fils de couvains…
avec trois cabanes que firent de vieux enfants,
des champignons à pois rouges entre les fougères,
joyeux, appétissants, juste un brin léthifères ;
puis, pour qui sait l’ancienne chanson forestière,
au bout d’une laie, la chaumière d’une sorcière,
des drapées de chauves-souris inhospitalières,
une présence et des craquements inquiétants…
puis un lac avec son parvis et son ambon ;
des brochets et des carpes sous les reflets sauvages
d’un plafond confondu de l’épais lambrissage
d’un ciel de foire et d’un long treillis de boisage ;
de-ci de-là les ronds jaunes du balivage,
des piles de bois alignées sur le passage…
et des traces de biches dans la boue des layons.
Cette forêt, en somme, de nos livres d’enfant ;
le sol jonché d’un linceul de feuilles de chêne
la musique sacrée des harpes éoliennes,
un hibou hululant sur la branche d’un frêne ;
ma futaie à la parfumerie faubourienne
où débarque, en repos, la faune plébéienne ;
la voici la forêt où je lâche mes tourments !
Ce n’est pas une sylve, ce n’est pas un bosquet,
mais vous y entendrez le sifflement du bouvreuil ;
juste une forêt où mes affres et les chevreuils
partagent en parfaite intelligence le breuil
loin des feux de la ville et loin et de tout orgueil ;
je tenais ce soir à lui glisser un clin d ‘œil…
trois rimes valent autant qu’un air de galoubet !
José Garrigou

