L'INOUBLIABLE AMOUR
L’INOUBLIABLE AMOUR…
Un souffle de chaleur aux lourds relents d’éviers
Monte de la mangrove où l’on force un passage,
Essayant de prévoir le cheminement sage
Entre les nymphéas et les palétuviers
Le danger peut venir de puants crocodiles
Enfouissant leur proie au fond de ce bourbier,
Des boas, du jaguar tombant d’un jujubier,
Ou des sables mouvants, de venimeux reptiles…
Lors, laissant la sangsue attaquer les jarrets,
Du regard nous sondons les profondeurs de l’onde,
Aventurons le corps dans cette fange immonde
Sans oublier la jungle étouffant ces marais.
Dès qu’émerge un sol ferme, exempt de pestilence,
Abruti de fatigue, habillé de fucus,
Chacun s’écroule enfin parmi les hibiscus
Et la faune, apeurée, alentour fait silence…
Se taisent les aras, quelques oiseaux-moqueurs,
Les singes curieux, l’agaçante perruche :
Seuls grognent deux tapirs, amateurs d’une ruche,
Engageant un conflit dont ils sortent vainqueurs.
-Guetté de l’urubu, lugubre sentinelle,
J’observe un papillon butineur de pistils,
Assimilant son vol aux battements de cils
Qu’avaient ses yeux d’azur jouant de la prunelle…
Tout parle d’elle encore… A quoi bon voyager :
Amazone et Garonne évoquent son visage,
C’est lui que je découvre en chaque paysage,
Aucun dérivatif ne vient me soulager !
Périr, loin du terroir, n’a plus rien qui m’emballe,
Autant rentrer chez soi pour y finir ses jours :
Fuir ajoute au chagrin de mes chères amours
Réduites à fleurir une pierre tombale…
Par la paix retrouvée au Comminges natal
Le temps adoucira ma tristesse infinie,
Et l’obsédant rappel de l’accident fatal
Qui m’a pris mon soleil, ma fleur d’Occitanie…



