
MON JARDIN
A la lueur du clair matin
A l'heure où les oiseaux s'éveillent
Je suis allée dans mon jardin
En passant sous la vieille treille.
Les roses remplies de rosée
Semblaient m'accueillir avec joie.
Longuement, je les regardais
Et les caressais de mes doigts.
Tout à côté, près du grillage
Recouvert de volubilis
Naissent des violettes sauvages
Formant un odorant massif.
Point n'est jardin sans beaux dahlias
Aux couleurs nombreuses et vives
Ils abritent les hortensias
D'une chaleur trop agressive.
J'aime les fleurs de mon jardin.
Je leur consacre de mon temps.
Ce n'est qu'un tout petit lopin
Mais il est si beau au printemps !
Ce soir, j'irai leur apporter
De l'eau afin qu'elles survivent
J'aurai le temps de m'attarder
Jusqu'à ce que la nuit arrive.
En passant sous la vieille treille,
Demain j'irai dans mon jardin
A l'heure où les oiseaux s'éveillent
A la lueur du clair matin.
Lucienne BARBAROU

Gérardine
Lire dans mon jardin
Lire dans mon jardin des vers de Lamartine,
Dans l'ombre du tilleul écouter leur chanson,
S 'enivrer du parfum de la rose églantine,
Des couplets lumineux récolter la moisson,
A rejoindre le ciel Jocelyn se destine.
Ô poètes priez que vienne la mousson
Fertiliser vos cœurs, pour honorer la muse,
Son message d'amour joyeux comme un pinson,
Tel un philtre grisant dans chaque être s'infuse.
Des rimailleurs hélas ignorent tout devoir,
Leurs fades idéaux laissent l'âme confuse,
Comment pourraient-ils donc simplement m'émouvoir.
Soudain surgit l'éveil d'une strophe crétine,
Une pensée alors me redonne l'espoir:
Lire dans mon jardin des vers de Lamartine.
Georges Lafon

Mon jardin au printemps,
Etendue émeraude au parfum envoûtant,
Dès les premiers beaux jours survient l'apothéose
Des jacinthes, oeillets ; bois piqueté de rose,
Le léger tamaris vers nous ses grappes tend ;
Il dit "admirez-moi, éclos en cet instant
Car je ne dure hélas que ce que vit la rose,
Bientôt mes doigts couverts d'un frais nuage rose
N'offriront aux matins que leur brun déroutant
Dont nous imaginons les corolles fleuries...
Mais nos yeux s'ouvriront sur nymphes des prairies
Essaimant à deux pas, les relais résistants
De votre abondance, virginales aimées,
À la saison d'amour, au retour du printemps,
Ravissement des yeux, corbeilles animées...
Germaine CARTRO

LE JARDIN DÉLAISSÉ
Du sol sec cent fois rebattu,
Entre le chiendent et la mousse,
Obstiné, le narcisse pousse
Et flamboie à fleur que veux-tu;
L'ancolie et la primevère,
En sauvageonnes sans façons,
Aux allées comme au vieux gazon,
Prodiguent leur graine légère;
L'iris foisonne; du lilas
Les drageons lutinent les branches;
Le rosier pimprenelle épanche
Le fouillis de ses falbalas:
Ô jardin que la main délaisse,
Paradis perdu sans fracas,
Fruste éden qui ne songes qu'à
Fleurir et refleurir sans cesse,
Ô frère naïf de ce Mont
Où la Muse oubliée sommeille,
En rêvant qu'un Orphée réveille
Les rythmes purs que nous aimons!
Marie-José Bertaux