L'ARBRE MORT
L'ARBRE MORT
Dans un lointain pays, au fond de la mémoire,
Un spectre végétal, noir, désorienté,
Sur lequel, violent, le destin s'est heurté,
Fait planer son profil sur l'antique grimoire.
C'était un arbre fou, se riant des saisons,
Se dressant lumineux sous les feux de l'automne;
Il n'a plus sa verdeur, maintenant il frissonne.
L'autan se rit de lui, là, sous les frondaisons.
N'ayant plus désormais qu'à prendre patience,
Il reste si prostré, perdu dans ses tourments.
L'oiseau de nuit, cruel, par ses hululements
Tente de l'étourdir en rompant le silence.
Las, il ne gémit plus, il s'offre tout entier
Au soleil, à la pluie, au nid de la palombe,
Envahi de lichen, de corbeaux d'outre-tombe,
Il est un arbre mort, là-bas, sur le sentier.