NÉFERTITI
NÉFERTITI
« Sans craindre steppe ni savane
Ni du désert les cieux ardents,
Au pas lourd de la caravane
Qu’assiègent les simouns stridents,
Blottie en ses voiles flottants,
Si gracieuse et si menue
Dans la fleur de ses dix-sept ans,
Jusqu’à nous la Belle est venue !
Bouche pourpre et chair diaphane,
Jais du regard, nacre des dents,
Si pour elle un roi ne se damne,
Tous nous serons ses prétendants :
Rose des sables qu’un printemps
Pour souveraine a reconnue
Et qu’acclament nos cœurs battants,
Jusqu’à nous la Belle est venue ! »
De cette extase courtisane
Se sont tus les cris obsédants,
Mais la mort en vain se pavane
Et rit de nous jouer perdants;
Sur la face aux fards éclatants
Dans sa nuit longtemps retenue,
Nos yeux se posent, exultants :
Jusqu’à nous la Belle est venue !
Toi qui, grisé des seuls instants,
Ne vois dans la grandeur que nue,
Songe bien qu’en dépit du temps
Jusqu’à nous la Belle est venue…
Ballade extraite du recueil Marginalia.
(Pour mémoire : « la Belle est venue » est la traduction littérale de « Néfertiti », originellement nommée Tadouchépa.)
