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HYMNE À LA SOLITUDE

Publié le par spaf mp

Hymne à la solitude

Paysage nocturne

Ecrit par

Muriel Roiné

 

 

Premier acte

 

Cache, cache, cache mon cœur,

Aux impulsions du temps,

Je me soustrais,

Aux battements citadins.

Lovée au creux de mon instance silencieuse,

Mes amours défilent, imaginaires et lointaines,

Et c’est ainsi que je t’aborde, mon amour.

Voile flottante chargée de brume,

Au détour d’une nuit, rivages incertains,

En vue, peuplée d’étoiles, je te vois et j’accoste.

Enfin !

J’entends des sons qui m’étaient inconnus,

Et sur le sable mouvant où mes rêves s’égarent,

J’avance. Une voix chaude à la brise du soir,

Suave, jaillit du fond des airs

Me saisit, et c’est mon seul repère.

Nuit profonde peuplée d’ailleurs

Pour mes pas vers tes pas, et demain,

Chant de l’oued et des grandes étendues sèches,

Roc de la soif, pierres incandescentes,

Le soleil se couche rouge, le soleil se lève vert,

A mes portes le désert opaque et blanc

Je marche vers toi à l’aube de toujours,

Et de cela, je sais déjà,

Dans ta maison de granit, de lumière et de vent,

Tu m’attends, me souris et m’attends.

 

 

Deuxième acte

 

Aux bords des vasques emplies d’eau,

Les palmeraies bruissantes se penchent

Amies de toujours en berceaux,

Vers ton corps souple et dur, allongé, nonchalant,

Pour ta fine main posée sur le marbre blanc,

En errance d’un fruit à croquer, à manger,

Jus sucré sur tes lèvres pleines et rouges

Yeux mi-clos à la fraicheur du jour,

Premières lueurs d’un matin d’été.

Puis soudain se soulèvent les voiles blanches

Et flottantes de ta tente, tes yeux s’ouvrent

Emportant pour un temps les sourires éphémères

Que ton corps éveillé en émoi libère,

Tu gémis et te lèves.

Enfin !

Dehors tout a changé, c’est le sud en plein nord,

Tu te lèves et t’étonnes encore.

Hier, c’était hier, tréfonds vertigineux et sonores :

Echos en résonance pour ta voix solitaire,

Calotte glaciaire pour ta tête en couronne,

Vent arctique pour tes pensées sommaires.

Et sur ton front le pur sillon horizontal,

En fine lame tracée pour ne pas oublier,

Les jours d’autrefois qui déjà vers demain passent.

Tu souris, et m’attends et souris.

 

Troisième acte

 

Au charme du sable brûlant, mon corps

Appesanti succombe et tombe,

Sous le soleil de plomb en plein midi,

Lèvres entrouvertes je me suis évanouie.

Et s’efface la trace derrière moi, à peine ébauchée

La grande main du temps qui fait tout oublier,

Les rêves, les attentes et les peurs aussi,

Pour ce temps défini où je me suis endormie.

Vais-je mourir ici,

Loin des tourments ? Mais la voix me rappelle ici-bas.

Reg saharien détrônant le sud et soufflant

Sa chaude haleine, puissante et envoutante

Et caresse mes seins jusqu’aux entrelacs de mes reins,

Quand soudain

Une source jaillissante en fine gerbe de pluie,

Puis en cascade, arrose les jardins inédits

De mes soifs multiples

Je me réveille et te vois qui me souris.

Enfin !

Homme aux cheveux d’or, de paille et de sang

En terre glaise, rouge safran, profond

Sûr et dur, pour moi étincelant

De ta main tu tiens la jarre vivifiante et déverses.

De l’eau de ton lit je me désaltère,

Comme une enfant enivrée par la vie.

Tu me saisis, me prends et me saisis.

 

Quatrième acte

 

Trainée de poudre d’or, ami céleste,

Au large manteau orné de jaspe et jeté

Sur tes épaules en un revêtement blanc,

Tu peux lever les yeux et t’en aller ainsi,

Conquérir les étendues sauvages invisitées de toi.

Du pur sang de ton âme, tu montes

Et chevauches. Ton coeur tressaille alors

Et ton corps défaille plus encore

D’avoir trop longtemps désiré sans chercher,

Aux bords des fontaines immédiates, assoiffé,

Emmailloté de silicone-lèvres et poivre

Et dégouté. Te voilà ainsi hématomisé.

Du bleu de l’âme jusqu’au cyan de tes yeux,

L’horizon devant toi, se déroule idoine

Et s’enroule sur ton franc étalon d’acier,

Et de ses pas qui s’enchaînent avec lui,

Tu franchis le gué magique, invisible.

C’est pour elle désormais qu’interdit tu arrêtes

La trace de tes revues errantes et solitaires ;

Allongée, tu la vois, elle est là !

Dans ses mille voiles de grâce écorchée,

A la lisière retenue de tes yeux étonnés,

Tu voudrais alors pleurer mais ne sais,

Où vont les ruisseaux que la source retient,

Ou comment la pierre immobile

Des dures journées d’hier, se déplace.

Tu descends, l’envisages et descends.

 

Cinquième acte

 

Qui retient les jarres de granit emplies d’eaux

Et les fontaines magnifiques de nos larmes capturées ?

Aux contours du levant, je me suis éveillée.

De ma robe déchirée je ferai un braisier

Aux mille étincelles colorées pour étonner

Tes yeux en fragments de diamant éclatés.

Ne le dis pas trop vite, ne le dis pas trop vite !

De peur que les étoiles, jalouses, rougissent

Et ne jettent sur son regard de pluie,

Leurs manteaux d’hiver et de nuit.

Où vont nos chemins de poursuites entrelacées,

Vers quelles impasses sombres et closes s’achèvent-elles ?

Dans ma maison de mystère et de sang,

Mes pieds nus caressent la roche polie et froide.

Pour t’attendre, j’ai ôté mes vêtements,

Et c’est pour toi qu’assise en braise dilatée,

Se penche la douce clarté du luminaire brisé.

Quand soudain, s’envole le papillon fragile

De nos gestes maladroits et serviles !

Soulevant le voile, tu entres sans un bruit !

Enfin !

Eveillant mes abysses, tu poses ton sablier d’argent,

Vers ce temps défini qu’en amant tu visites,

En points ponctués de traits escarpés et

Pour nos deux corps qui s’unissent, j’écoute

La longue plainte rassurante et rauque, quand

Tu m’enlaces et frémis et m’enlaces.

 

 

Sixième acte

 

Tu entres sans un bruit inonder les paradis enfouis,

Et demain déjà se penche, invincible.

Cri d’appel de nos deux vies unies déjà s’achève,

Pour ne pas mourir, blanc, terrible et doux.

C’est le blizzard sur les steppes arides qui souffle

Son haleine acérée et tranchante.

Ainsi s’en vont les rêves d’enfant et les rires enchanteurs.

Car déjà passe la fine mélodie d’un monde meilleur,

Fragile colombe qui, de son premier envol tremble encore.

Et monte, et monte encore, et survole les froides nocturnes.

Oh, je t’aime !

Retiens-moi et ne pars pas, surtout ne t’en va pas !

Car demain est déjà là et ce qui meurt aussi, de toi à moi !

C’est ton corps qui se presse plus fort quand nos sueurs

Apprivoisées se mélangent, te voilà guerrier !

Celui de tous les temps amoureux en cet ultime élan,

Tu prends alors ton arme et de tes mains descends

Vers les ondes sournoises où je me repose.

Du plus intense remues les eaux délaissées du lac.

Tu plantes alors victorieux le délicieux décor et brise,

Les derniers étaux de glace en un mouvement

Vif amant et reviens et reprends l’étincelle d’argent

Pour t’enfouir à nouveau dans les contrées sauvages,

Et de deux le un s’embrase, irrépressible amour

Quand ton corps retombe, sourd et lourd, le silence,

Etonnant, prend sa revanche et soutient sa présence.

Je t’enlace, me réveille et t’enlace.

 

Septième acte

 

Et mes mains tracent des arabesques vides,

Au milieu des nocturnes, les yeux grands ouverts.

Et les lignes s’esquivent où ton corps se dessine.

Il faut à présent se lever. Le jour presse le soleil vert.

Sous les étoiles, j’ai laissé ma demeure et je devine,

Le flottement des voiles, là-bas, muettes et lascives.

Vers le vaisseau d’or, à présent, il faut revenir

De nos dernières lueurs, se délester le coeur.

Ami, déjà ! Tu es parti et c’est moi qui m’enfuis

Vers le bateau qui dort mes pas sillonnent

Et tanguent leurs fragiles amarres. Vite !

Mon coeur a revêtu de rien son écrin

Et du jour qui réclame sa première heure résonne

Au tout lointain, les battements citadins.

Ainsi s’en vont les rêves déchus et les voix enivrantes

Quand lentement la ligne fine des rives s’esquive.

Ma main soulève alors son tendre voile de nuit

Et de ses doigts suspendus se pleure de l’au-revoir.

A présent, de nouvelles terres arides, pour lui.

De brûlure et de glace le parcours des lendemains.

J’agite ainsi au plus fort des embruns,

L’ultime soupir de l’amour qui s’enfuit

Quand doucement vers l’oubli le navire glisse,

De l’esquisse au jour sans contour de midi

Sur le récif se brise ainsi l’hymne de la nuit.

Où s’en vont les promesses que les baisers écrivent,

Vers quelles étendues sèches et muettes s’achèvent-elles ?

 

 


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